La discussion autour de qui est le King of R&B ne date pas d’aujourd’hui et, contrairement au rap où il y a beaucoup d’autoproclamés, les chanteurs ne revendiquent généralement pas ce titre pour eux-mêmes. On se souvient quand Jacquees avait déclaré détenir la couronne en 2018 et du tollé que ça avait provoqué.
Usher a une carrière exceptionnelle et une longévité qui est indéniable (plus de 100 millions d’albums vendus dans le monde, 8 Grammy Awards, 9 n°1 au Billboard Hot 100 dont des classiques comme « Yeah! », « Burn » ou « Confessions Part II », et l’album Confessions certifié Diamant). La preuve, il rencontre encore aujourd’hui un grand succès en tournée avec Chris Brown. C’est d’ailleurs lors de leur plus récente date qu’il a symboliquement posé la couronne sur sa propre tête dans une mise en scène qui nous rappelle une certaine photo de Michael Jackson.
Mais malgré ce tour de force qu’est la carrière d’Usher, il n’est pas le King of R&B. Ce titre revient à un gars actuellement enfermé à l’établissement pénitentiaire fédéral de Butner du nom de Robert Kelly.
Il serait inutile de partir sur une comparaison au niveau des chiffres, étant donné que la carrière de R. Kelly s’est arrêtée en 2019 (suite à son arrestation et son retrait des plateformes) et qu’Usher est encore en activité. Par contre, il serait plus juste de parler d’impact.


Usher, c’est le premier héritier de Michael Jackson en matière de performance artistique. Il sait danser, c’est un vocaliste d’exception et un excellent performer sur scène. Il a ouvert la voie à de nombreux artistes des années 2000 (comme Chris Brown, Trey Songz, Ne-Yo ou Justin Bieber). Son parcours est parsemé de succès, c’est indéniable.
Seulement, Usher tend plus vers ce que j’appelle le produit plutôt que vers le producteur, sur le spectre de la créativité. Tous ses plus grands hits ont été écrits et composés par d’autres (Jermaine Dupri, Bryan-Michael Cox, Babyface, Jimmy Jam & Terry Lewis, Polow da Don, etc.). R. Kelly, par contre, est l’architecte du R&B contemporain et cela inclut le son d’Usher. Il écrit, compose et fait les arrangements de non seulement sa musique, mais également de celle de beaucoup d’autres artistes légendaires y compris ce fameux Michael Jackson (avec le hit mondial « You Are Not Alone »).
R. Kelly a créé ce son qui fusionne des arrangements vocaux tirés du gospel avec des productions mid-tempo et qui est resté très représentatif du son R&B des années 90 et du début des années 2000 (avec des titres phares comme « Bump N’ Grind », « I Believe I Can Fly » ou « Ignition (Remix) »). Il a influencé l’industrie dans son ensemble grâce à ses innovations musicales. Il a été le précurseur du hip-hop soul, en fusionnant des productions hip-hop à sa musique à une époque où le New Jack Swing régnait sans partage. Même dans la façon d’écrire, il a introduit cet aspect conversationnel qui est littéralement la norme aujourd’hui dans le R&B. Des chansons à scénario (comme la saga culte « Trapped in the Closet »), des chansons écrites sur un ton conversationnel et des métaphores sexuellement explicites.
Donc Usher est sans le moindre doute au sommet de la pyramide de ce genre grâce à une carrière impeccable et des records de vente, mais en matière d’impact de façon globale, il n’a pas la stature d’un R. Kelly et j’irai même jusqu’à dire que c’est déjà trop tard pour qu’il le rattrape un jour.





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